Diplômé du King's College de Cambridge, Benedict Mason étudie l'art cinématographique au Royal College of Art. Il s'intéresse assez tard à la composition mais attire très vite l'attention grâce à Hinterstoisser Traverse et remporte le Prix Guido d'Arezzo pour Oil and Petrol Marks on a Wet Road Are Sometimes Held To Be Spots Where a Rainbow Stood, tandis que sa première pièce pour orchestre, Lighthouses of England and Wales, lui vaut le Concours Benjamin Britten 1988. Par la suite, il reçoit une bourse Fulbright et remporte le Paul Fromm Award 1995 pour Steep Ascent Within and Away From a non-European Concert Hall: Six Horns, Three Trombones and a Decorated Shed ainsi que le troisième Britten Award pour Rilke Songs en 1996.

Les premières pièces de Mason sont caractérisées par une diversité stylistique post-moderne, découlant en partie de l'objectif de recherche du compositeur. En effet, le Quatuor à cordes No. 1 étudie les différents modes de déplacement, Lighthouses of England and Wales analyse le phénomène de la 'musique marine' et Oil and Petrol Marks... rassemble et classe les jeux d'enfants. Ses compositions des années 1990 révèlent un intérÍt accru pour la

polyrythmie qui culmine par deux magnifiques pièces pour ensemble, l'étincelant Double concerto (hommage virtuel à Ligeti) et surtout le baroque Animals and the Origins of Dance, ensemble de douze danses polymétriques de 90 minutes, nécessitant jusqu'à onze 'click-tracks' distincts. Playing Away - opéra grandiose sur le football, l'opéra, la pop music et l'Allemagne - date de la mÍme époque.

L'un des traits de la musique plus tardive de Mason réside dans sa
dimension spatiale qui dépasse de très loin le cadre du 'multi-ensemble' inauguré par Brant et Stockhausen.
sous le titre général de Music for European Concert Halls, cette série de compositions restera probablement parmi les entreprises les plus originales et inattendues des années 1990. Les différentes salles de concert y fonctionnent comme des résonateurs
extrémement variés des sons produits par les musiciens (et vice versa - les musiciens articulant, eux aussi, les propriétés acoustiques et architecturales des salles). Parmi les salles concernées figurent la Salle Mozart de l'Alte Oper de Francfort, l'Espace de Projection de l'IRCAM à Paris, le Paradiso d'Amsterdam et le nouveau Centre des Congrès et

de la Culture de Lucerne (conçu par Jean Nouvel). Ces oeuvres sont pour la plupart beaucoup plus austères que les précédentes compositions de Mason, mais elles font une place importante à l'extra-musical ou au visuel, tandis que les plus récentes sont construites autour d'instruments rares ou inventés pour l'occasion, comme dans the neurons, the tongue, the cochlea....the breath, the resonance. Non seulement ces oeuvres rompent avec les aspects cérémoniels du concert traditionnel, mais elles invitent à une écoute plus subtile.

Cette "école de l'oreille" entraîne en même temps à un cheminement ardu à travers les institutions, qui en fin de compte n'est viable que lorsque ces dernières ont au moins le secret désir de se prêter à la démarche. ce qui, à la fin des années 1990, est rarement le cas. Ces oeuvres proposent des idées pour une époque qui n'est peut-être pas encore venue. mais qui viendra.

Un livre sur son travail pour les salles de concert , outside sight unseen and opened, a été récemment publié aux editions saint hyppolyte à Paris.

© 1999 Richard Toop